Un medium à part entière

S’il peut être considéré comme un domaine relativement nouveau des arts visuels au vu de son important développement depuis un peu plus d’un siècle à peine, le livre d’artiste n’en est pas moins une œuvre d’art à part entière.  Le livre d’artiste n’est en effet pas une sous-œuvre, un complément, un second, d’une œuvre autre : il est œuvre lui-même.

Il convient donc de ne pas confondre le livre d’artiste et le livre d’art.  Si le second revêt les formes d’un livre classique avec pour sujet le domaine des arts en général ou un sujet de ceux-ci en particulier, le premier est le fruit du travail personnel d’un ou plusieurs artistes qui s’approprient l’objet livre dans sa matérialité, et par extension dans ses formes dérivées, pour donner naissance à une œuvre d’art à part entière.  Ce livre d’artiste, cette œuvre est unique même si elle bénéficie dans certains cas d’une diffusion plus large par le biais des multiples.   Le livre d’artiste, qui peut être le résultat d’une idée simple dans l’esprit de son créateur, devient œuvre d’art à part entière car l’artiste à relevé la gageure de transmettre son message artistique sous les contours de l’objet-livre.

Il faut aussi distinguer livre d’artiste et artiste du livre, même si, comme nous le verrons, les frontières entre les artistes du livre et les créateurs de livres d’artistes sont parfois ténues.

Le rôle joué par les artistes du livre est essentiel dans l’édition du livre en général et dans la bibliophilie moderne et contemporaine notamment. Nul ne mettra en doute le rôle primordial et l’accent particulier donné au livre par les typographes, les relieurs et autres ouvriers du livre. Dans certains cas, ces artistes du livre interviennent aussi complémentairement dans la réalisation de livres d’artiste quant ce ne sont pas les artistes eux-mêmes qui s’approprient certaines techniques de l’art du livre pour donner corps à leurs créations.

Nous le constatons, le domaine du livre d’artiste est un territoire fragile quant il s’agit de dresser un inventaire de ses pratiques.   Le faiseur de livres d’artiste est un créateur intermédia avec un large corpus de pratiques et d’expériences.  Dresser des frontières est chose difficile lorsqu’il s’agit de pratiques artistiques et dont le livre ne fait souvent que peu de cas.  Le créateur de livres d’artiste dépasse la simple approche structurale pour une approche pluri ou inter disciplinaire : création mi-plastique et mi-littéraire dans certains cas, usage de techniques hybrides dans d’autres, dépassement des seules questions esthétiques.  Et c’est tant mieux !

Le choix des mots

Les différentes pratiques dans la création de livres d’artiste ouvrent cependant trop souvent de vaines discussions quant à la définition même du livre d’artiste.  Certains praticiens et spécialistes s’appropriant à tort l’exclusive de la locution même de livre d’artiste.  Or, le livre d’artiste est pluriel.  Ses formes sont multiples et ont évolués au fil du temps.  Nier cette évolution, l’ignorer, est prétentieux et ne peut être toléré.  Nous nous attacherons donc ici à dresser une typologie précise et détaillée pour couper court à tout amalgame.

La première forme de livre d’artiste qui est apparue est le livre illustré.  Mis à part quelques exemples de livres enluminés et de créations au cours du 18ème Siècle, c’est essentiellement dans la dernière partie du 19ème Siècle qu’apparaît cette première forme de livre d’artiste.

C’est aussi dans la seconde moitié du 19ème Siècle qu’apparaissent les premiers livres animés.  Nous le verrons par la suite, le livre animé a aussi pris de multiples aspects.

C’est dans les années 1960 qu’apparaissent les artist’s book aux Etats-Unis.  N’ayant pas encore leur pendant en Europe à cette époque, ils seront appelés livres d’artistes.  Cette traduction est la source de nombreuses polémiques.  Avec le recul et l’analyse rigoureuse qui s’impose, cette forme de livre d’artiste doit être désignée sous le vocable de livres d’artiste conceptuels, concept-book, ce qu’ils sont sans l’ombre d’une hésitation.  Rien de moins, rien de plus.

C’est aussi dans les années 1960 qu’apparaissent les livres objets.

Enfin, plus près de nous, au début des années 2000, une nouvelle forme de livres d’artistes a vu le jour, digne cousine en quelque sorte des livres de dialogue entre un auteur et un plasticien que sont les livres illustrés : nous parlerons des livres pauvres.

Aujourd’hui, le développement de nouvelles technologies amène son lot de nouveaux medias et de nouveaux supports : le livre d’artiste numérique a fait son apparition.

A côté de ces six catégories fondatrices aujourd’hui du livre d’artiste (livre illustré, livre animé, livre conceptuel, livre objet, livre pauvre et livre numérique), d’autres termes sont régulièrement entendus et utilisés pour désigner et qualifier un type particulier de livre d’artiste, résultat d’une lecture transversale des six catégories de base : livre de dialogue, livre visuel, livre de peintre, livre textile, … Nous y reviendrons.  Ces classifications particulières sont le résultat de l’utilisation de moyens transversaux dans la création de livres d’artiste : moyens et modes de fabrication, moyens d’identification, modes de diffusion, repères bibliophiliques, …

Le livre illustré

C’est au 18ème Siècle que l’on voit apparaître les premiers livres qui marient textes et illustrations, souvent des gravures, ce qui valu à ce type de livre l’appellation de livre à gravures.  Citons, à titre d’exemple, Contes et nouvelles en vers de La Fontaine illustré par Fragonard, en 1762, Caprices, de Goya, en 1799, ou plus tard ce Faust de Goethe illustré par Eugène Delacroix en 1828.  Ces livres illustrés étaient déjà le fruit de la collaboration entre un écrivain et un artiste.  L’écrivain était quasi toujours le premier à intervenir tandis que l’artiste venait en appui pour enrichir l’ouvrage.  L’intervention de l’artiste est donc un complément au texte qui donne une interprétation visuelle.

Un cas à part est à relever : le cas William Blake. William Blake réalisa en 1789, avec l’aide de son épouse Catherine, quelques exemplaires d’un recueil de poèmes auquel il donna le titre de Songs of Innoncence and of ExperienceBlake, créateur pluridisciplinaire, a imaginé, conçu et fabriqué entièrement cet ouvrage.  C’est donc véritablement le premier livre d’artiste conçu dans sa totalité par un seul artiste.

Avant ces réalisations du 18ème Siècle, ce sont les enluminures qui rehaussaient les ouvrages.  Un ouvrage exemplaire doit être cité : les Très Riches Heures du duc de Berry, réalisé et enluminé entre 1409 et 1416.  Au vu des techniques de l’époque, l’enluminure doit être regardée comme un art du livre et non comme une forme de livre d’artiste.

C’est au cours du 19ème Siècle qu’apparaissent des livres de luxe et des éditions rares qui donneront naissance à la bibliophilie.  A telle enseigne que des sociétés de bibliophiles sont fondées, à Paris surtout.  Un livre marque le début de cette tendance : en 1875, le peintre Edouard Manet réalise six lithographies pour accompagner le poème The Raven d’Edgar Allan Poe, traduit en français, Le Corbeau, par son ami Stéphane Mallarmé.  Quelques années plus tard, en 1893, c’est Maurice Denis qui illustre un des premiers livres de André Gide édité par la petite Librairie de l’Art Indépendant.

Dès le début du 20ème Siècle, des galeries-maisons d’édition voient le jour : une des plus importantes étant sans conteste celle d’Ambroise Vollard.  Mais il y avait aussi la Galerie Simon du marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler, sans oublier Tériade et plus tard Albert Skira et Aimé Maeght.  La première moitié du 20ème Siècle, jusqu’au années 1960, fût sans conteste l’âge d’or du livre illustré avec une formidable apogée des formes et des idées.

En dépit de ce lourd héritage, de cet incroyable poids du passé, de nombreux auteurs (écrivains et poètes) et plasticiens (de toutes disciplines), pratiquent aujourd’hui encore ce riche dialogue.  L’illustration des artistes épouse avec amour la passion de l’écriture des auteurs.  Le livre illustré est le fruit d’une collaboration vivante, dynamique, articulée, entre un auteur et un artiste.  On parle aujourd’hui de bibliophilie contemporaine.  Même si le mot « illustration » a de nos jours une certaine mauvaise presse, de nombreux artistes n’hésitent pas, fort heureusement, à poursuivre sur cette voie du livre de dialogue.

Certains ont préférés parler de livre de peintre, en regard de la notoriété des grands artistes qui avaient associés leur nom à certains ouvrages, considérant que le livre illustré était à réserver à de « petits illustrateurs ».  C’est une erreur.  Le livre de peintre peut exister bien évidemment, mais il ne s’agit alors nullement d’un livre illustré.  Il s’agit d’un livre unique conçu et réalisé entièrement par un peintre, en original.  Il ne peut s’agir d’un détournement de sens du livre illustré.  Un tel ouvrage peut aussi être accompagné d’un texte, mais sa forme doit revêtir un caractère unique ; il est dès lors manuscrit.  On parle aussi de peincriture (peinture / écriture) pour qualifier un tel ouvrage.  On retrouvera cette forme de livre d’artiste dans les livres pauvres aussi.

Le livre illustré est le résultat d’un dialogue entre un auteur et un artiste.  Ce sont des « alliés substantiels » comme le relevait René Char.  Cependant, pour exister, le livre illustré a besoin d’autres intervenants, dont, notamment, un éditeur et un diffuseur.  Certains sont tout à la fois auteur, éditeur et diffuseur, à l’instar de Pierre-André Benoît (PAB), mais le plus souvent les rôles sont bien séparés.

Afin de rendre un livre illustré plus exclusif, plus précieux, plus « riche », des exemplaires de luxe ont été imaginés : il s’agit des tirages de tête.  En plus du livre illustré, une œuvre originale exclusive ou à très petit tirage, signée par l’artiste, accompagne le tirage courant en frontispice ou dans une suite.  Ces artifices de bibliophilie convoquent les passions et les envies des collectionneurs du livre exclusif.

Le livre animé

Le terme anglais pop-up a souvent pris le dessus pour désigner ce livre d’artiste.  Le livre animé est apparu aux alentours des années 1860, notamment à Londres par l’action de l’éditeur Dean & Sons qui fût un des précurseurs dans la création et la diffusion du livre animé.  Il fût un temps ou le livre animé était aussi désigné sous le vocable de livre jouet.

Le livre animé déploie toute une gamme de variations :
- le livre éblouissant ou livre flamboyant : une animation majestueuse se déploie lors de l’ouverture du livre ;
- le livre à système : par la manipulation d’un artifice, d’un mini-système, une animation se met en place ;
- le livre à tirette : c’est un des systèmes les plus courants pour créer un livre animé.  Actionner une tirette ou une roulette permet de créer un mouvement d’une ou plusieurs images.
- le livre à découpe : par un jeu de découpes, une animation est créée.  Certaines découpes peuvent donner lieu à des livres à volets.
- le livre accordéon : le livre se présente comme les soufflets d’un accordéon qui se déploient ;
- le livre carrousel : c’est une variante sophistiquée du livre accordéon ;
- le livre tunnel : s’obtient par le mariage d’un jeu de découpes et du système accordéon ;
- le livre à languettes : appelé aussi livre pêle-mêle, les pages du livre sont découpées en plusieurs parties horizontales de sorte que chaque partie d’une page peut se marier avec une autre partie d’une autre page ;
- le flip-book : appelé aussi folioscope.  Feuilletées très rapidement, les pages du livre permettent de voir un petit film ou un dessin animé.  Le livre s’anime ici sans mécanisme, par la seule action de la main.

De véritables ingénieurs papier développent en permanence de nouveaux systèmes pour créer des livres animés.  Ils expérimentent le mouvement, le passage du plan au volume, la transformation d’une chose en une autre.  Ils apprivoisent les formes, les couleurs, les textures et les rythmes.

Le livre conceptuel

Comme nous l’avons évoqué, le livre d’artiste conceptuel trouve son origine dans le terme anglais artist’s book apparu aux Etats-Unis à l’aube des années 1960.  Il est le miroir des transformations de l’art durant les années 1960.  C’est une réalité complexe.  Le livre d’artiste conceptuel est, comme son nom l’indique, le fruit de l’art conceptuel apparu aux Etats-Unis dans le courant des années 1960.  Pour les artistes conceptuels, l’art est avant tout un concept, une idée qui ne nécessite pas spécialement de réalisation, de concrétisation matérielle.  Il aurait été nettement plus judicieux de parler de concept-book plutôt que de artist’s bookLes artistes conceptuels estiment que l’essentiel est l’idée.  Très logiquement, les livres conceptuels les plus radicaux sont composés uniquement par des mots.

Le livre d’artiste conceptuel trouve aussi son origine dans le mouvement minimal qui apparait aussi aux Etats-Unis à la même époque, tout comme le mouvement Fluxus créé à New-York en 1961 par George Maciunas, fondateur de la revue du même nom.  Le nom de deux artistes est étroitement lié au livre d’artiste conceptuel : l’américain Edward Ruscha et le suisse Dieter Roth.

Le livre d’artiste conceptuel tel qu’il est apparu dans les années 1960 et n’a cessé de se développer depuis, renoue en réalité avec les revues d’avant-garde des années 1930, au rayon desquelles on peut citer Minotaure ou encore Documents.  L’usage qu’elles faisaient des photographies ou des reproductions photographiques dans le texte a ouvert la voie au livre d’artiste conceptuel.

Le livre d’artiste conceptuel des années 1960 était pauvre d’aspect, souvent auto-publié, avec des procédés industriels, offset, photocopie, et relativement à grand tirage.  Le livre d’artiste conceptuel était donc le support naturel de la pensée et de l’idée.  Pour les artistes du land art ou de la performance (happening), il est la trace indispensable de toute action éphémère.  Ce type de livre d’artiste a donné naissance, aujourd’hui encore, à de très nombreuses narrations photographiques et à une multitude d’inventaires, soit sous la forme de séquences d’images ou d’énumérations diverses.  On parle aussi de livre documentaire dans certains cas ; le livre comme contenant d’informations.  La limite du livre d’artiste est ici atteinte bien entendu.

Certains spécialistes attentifs au développement des formes du livre d’artiste nous invitent avec pertinence à retrouver l’esprit qui a initié la naissance du concept-book dans les formes actuelles des fanzines et graphzines.

Aujourd’hui, on distingue cinq types de livres d’artiste conceptuels :
- le livre de poésie visuelle et concrète ;
- le livre séquentiel (de photographies ou de dessins) ;
- le livre d’inventaire (et de collection) ;
- le livre de recherches sérielles et systématiques ;
- le livre d’expression politique et sociale (livre manifeste).

Malgré un rejet évident de ce qui procède, selon eux, d’un certain élitisme du livre d’artiste au travers de pratiques comme les moyens d’identification du livre et les repères bibliophiliques (justification, tirage de tête, signature, …), il est étonnant de constater qu’aujourd’hui les praticiens du livre d’artiste conceptuel utilisent les mêmes procédés et moyens de fabrication et d’identification.
Preuve s’il en est que le livre d’artiste est multiple dans ses expressions et unique dans ses fondements.

Le livre objet

Apparu aussi dans les années 1960, le livre objet est davantage un objet à trois dimensions qu’un livre au sens traditionnel du terme.  Dans le livre objet, le livre est affranchi, détourné de sa fonction traditionnelle, celle de contenant d’une information.  Sont mis en avant les aspects matériel et sculptural.  Dans le livre objet, le livre se met en scène, joue avec son environnement.  Il devient partie d’un tout.

Le livre pauvre

C’est à l’aube des années 2000 que le poète Daniel Leuwers, professeur émérite de l’Université de Tours, invente le concept de livre pauvreCertes, le mot pauvre peut véhiculer une connotation négative, il a de quoi irriter, peut déranger.  L’appellation livre pauvre est en outre doublement fausse.

D’une part il ne s’agit pas de livre à proprement parlé au sens premier du terme, mais bien de simples feuilles de papier dont le format peut varier et qui obéissent à plusieurs modes de pliage, et d’autre part le mariage entre une intervention originale d’un artiste et un texte manuscrit par un auteur place d’office le livre pauvre au-dessus de la plupart des publications ordinaires, il en deviendrait presque objet de bibliophilie.  Ce qu’il pourrait bien devenir avec le temps.

C’est en réaction face aux riches livres illustrés que l’idée de livre pauvre a germé dans l’esprit de son concepteur.  Ceci étant, la « pauvreté » de ces ouvrages n’est qu’apparente et est donc liée au fait que sa réalisation ne coûte que peu d’argent.  Le livre pauvre s’affranchit des circuits habituels du livre et du livre d’artiste en particulier : pas d’éditeur, pas d’imprimeur, pas de diffuseur, pas de distributeur, pas de librairie dépositaire.  Le livre pauvre se transmet mano a mano.  Le livre pauvre revient aux fondamentaux du livre illustré en se débarrassant des artifices multiples du livre illustré : le livre pauvre c’est la rencontre essentielle entre un auteur (poète ou écrivain) et un artiste plasticien, qu’il soit peintre, photographe ou pratiquant une autre technique artistique, dans la réalisation d’un livre unique ou à très petit tirage, sachant que chaque exemplaire est réalisé en original.  L’auteur recopie donc autant de fois que nécessaire son texte qui se trouvera illustré à l’identique par l’artiste autant de fois aussi que nécessaire.  Chaque exemplaire, souvent au maximum six, est donc unique.  Il ne s’agit pas d’une règle intrinsèque, juste une habitude qui s’est instaurée au fil des créations.

Le livre pauvre est donc un bel objet de dialogue entre un auteur et un artiste qui refuse de coûter cher, qui tourne le dos à la spéculation.  C’est la grande différence entre le livre illustré et le livre pauvre : quant le premier est créé et est diffusé selon des règles classiques (créateur / imprimeur / diffuseur), le second est toujours original et quasi unique et est d’office hors commerce.  Le livre pauvre adopte cette position paradoxale de s’assimiler à un objet de bibliophilie qui se refuse aux bibliophiles.  Le livre pauvre c’est un espace de rencontre et d’expérimentation entre un auteur et un plasticien.  Un vrai livre de dialogue.

Le livre numérique

Dans l’édition classique, le livre numérique tente chaque jour de s’imposer un peu plus.  On lui prédit certains jours … de beaux jours, et à d’autres moments son avenir paraît bien incertain.

La révolution numérique a bien entendu aussi bousculé l’approche traditionnelle du livre d’artiste.  Le développement de nouvelles technologies a permis l’apparition de nouveaux medias et de nouveaux supports, pour le livre d’artiste aussi.
Le livre d’artiste numérique a fait son apparition.  De nouveaux territoires de création sont possibles.

Une évolution permanente

Nous le voyons très clairement, les formes du livre d’artiste sont multiples et évoluent en permanence.  Le livre d'artiste, plus que n'importe quelle œuvre d’art, crée un lien d'intimité entre le créateur et le « lecteur ».  Le livre d'artiste peut être un « objet » abstrait ou figuratif, contenir du texte ou non, avoir un sens littéraire ou non.  Tout est permis dans la création de l'objet « livre ».  Le livre d'artiste est le résultat entre une pensée originale d'un créateur et son intervention personnelle au niveau des formes, de la présentation, des possibilités d'impression ou de reproduction, des choix des papiers ou des matières.  L'idée même du livre d'artiste recouvre des pratiques et des productions très variées.  C’est la richesse même de la création.

Les étapes de la création d'un livre d'artiste

Ici aussi, bien entendu, ces étapes ne sont pas toujours obligatoires et respectées.  La liberté de création est le fait même du livre d'artiste.  Cependant, il parait utile de donner quelques repères indicatifs pour tenter, d’une certaine façon qui ne se veut en rien exhaustive, de cerner le processus de création d’un livre d’artiste.
Le thème
: l'origine de la création du livre d'artiste peut être, pour l'artiste créateur, un mot, une phrase, un proverbe, un conte, un texte humoristique, une note satirique, un poème, une histoire, une matière, une image, une illustration, des couleurs, des surfaces, … Il n'y a pas de limite dans la création.
La reliure : différents types de reliure existent : en escargot, en serpent, en accordéon, reliure centrale, japonaise, papillon, flip book, reliure inventée,…
La technique : le livre d'artiste peut être construit par collage, découpage, à l'encre, à la gouache, à l'acrylique, par photocopie, dessin, tissu, pliage, par la formation de trous,…
La mise en page : elle peut être classique (par exemple image à droite et texte à gauche), graphique (jeu entre l'image et le texte), peut répondre à un rythme propre au fil des pages,…
La typographie : le créateur utilisera le cas échéant une typographie adaptée au sujet et au style de son livre. Un texte manuscrit est aussi très souvent privilégié.
La couverture : elle est l'élément qui doit donner envie de prendre le livre, l'objet, en main et de le découvrir.  Elle peut être simple mais cependant forte pour séduire le lecteur, le découvreur.  Tous les artifices sont permis ici aussi.
Le colophon : traditionnellement situé en fin d'ouvrage, le colophon donne quelques indications quant au créateur, au nombre d'exemplaires, à la date et au lieu de la réalisation du livre.  Le colophon peut aussi contenir une justification signée par le (les) auteur(s), illustrateur(s), relieur(s) et éditeur(s).  Mais il peut aussi ne pas y avoir de colophon … Préalablement à la création d'un livre d'artiste, l'auteur réalise souvent une maquette, dite blanco, qui servira de fil conducteur, de « chemin de fer », pour l’élaboration et la réalisation du livre.  Mais là aussi, c'est à l'appréciation du créateur qui peut à tout moment s’écarter de ces principes qui n’ont strictement rien d'obligatoire dans la création d’un livre d’artiste.